Quel horizon pour le Gabon ?

Article écrit par Daniel Menuet et Stéphane Octeau 

 

 

Pas une semaine ne se passe sans qu’il y ait des manifestations au Gabon contre le président réélu Ali Bongo Ondimba. Pourquoi cette situation ?

Officiellement, et après un examen par les juges constitutionnels, l’élection est validée : Ali Bongo Ondimba est le vainqueur. Mais Jean Ping, son opposant majeur, dit également avoir gagné cette élection et dénonce une fraude électorale.

Nous ne rentrerons pas dans le détail de cette contestation, car la situation reste très tendue et des manifestations continuent à avoir lieu aussi bien au Gabon qu’en France.

Nous allons nous intéresser à la tendance de fond qui pourrait permettre au Gabon de faire une vraie révolution populaire et républicaine et ferait de ce pays un exemple pour inspirer l’Afrique entière, à l’image de ce que tente actuellement le Burkina Faso après la chute de Blaise Compaoré, qui avait gardé le pouvoir pendant 27 ans.

Revenons en arrière :

Pour voir quelle est la dynamique actuelle, remontons à Papa Bongo.

Durant 42 ans il a été maintenu au pouvoir grâce au soutien de la France. Il a d’abord instauré un monopartisme sans possibilité de dialogue politique et où il était l’unique candidat, puis dans un second temps, à partir des années 90, accepta de se prêter au « jeu démocratique » lors d’élections controversées.

Pendant sa présence au pouvoir, les opposants ne faisaient pas long feu. Ils étaient condamnés au silence ou l’exil dans le meilleur des cas ou être assassinés par des hommes de main ou plus insidieusement par des mercenaires français (affaire Germain Mba).

Au niveau économique, le pétrole est au cœur du développement économique du Gabon, puisqu’après 1973, avec un prix du pétrole élevé, le « Gabon » a pu financer aussi bien des palais présidentiels que des infrastructures (routes, ports, centrales électriques).

Dès que le prix du pétrole à commencer a diminué, le pays a commencé a s’endetter. En un mot, le Gabon a été mis sous tutelle de ses créanciers (FMI, France, investisseurs privés). Cette « colonisation par la dette » est l’élément de fond du non développement de l’Afrique depuis 40 ans et également des pays de l’Union Européenne depuis 20 ans !

Dans ce cadre là, le président ainsi que tout son entourage en profite (affaire des biens mal acquis). Il y a une corruption qui existe à tous les étages : les riches s’enrichissent et les pauvres survivent sans tomber dans une pauvreté extrême (pas de famine par exemple).

Aujourd’hui, certains même regrettent avec nostalgie cette période, comme les Russes pouvaient regretter la période de l’URSS pendant les décennies d’ultralibéralisme.

Au départ, l’héritier Ali Bongo, au pouvoir depuis 2009, inscrit sa politique dans la continuité de celle de son père. Les relations avec la Chine, commencées dès 1974, continuent de s’amplifier, et des projets d’infrastructures existent.

(Lire : La relation entre la Chine et le Gabon : http://www.afriquechine.net/2011/la+relation+entre+la+chine+et+le+gabon.html)

Toutefois à partir de 2013, un glissement s’est opéré. Ali Bongo a pris le contrôle de tous les organismes du pays : le parti le PDG (Parti démocratique Gabonnais) est sous ses ordres, ainsi que tous les courroies de transmissions. Comme le dit Séraphin Moundounga, ancien ministre de la justice, qui a démissionné en septembre de cette année 2016  :

« Le doute sur sa capacité [de Ali Bongo NDLR] à gérer le pays de façon démocratique remonte à 2013, date à laquelle le président sort de la trajectoire sur laquelle on l’avait mis en 2009, pour son élection. Il est sorti d’une gestion transparente et démocratique du pays au congrès du PDG de 2013. Il s’est alors autoproclamé chef suprême du parti, comme si on était dans un monde militaire, alors que son père [Omar Bongo Ondimba, président du Gabon de 1967 à 2009] n’était que président fondateur. Nous n’avions pas besoin de ça. A partir de ce moment, le pays a totalement glissé. Le budget n’a plus été exécuté, les opérateurs économiques n’ont plus été payés, les retraités du privé non plus… »

(Lire : Démissionnaire, le garde des sceaux gabonais dénonce des tentatives d’assassinat : http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/09/19/gabon-demissionnaire-le-garde-des-sceaux-d-ali-bongo-denonce-des-tent atives-d-assassinat_4999765_3212.html#oxdPKxdRkgpMuRSG.99 )

Dans ce cadre là, le président devient un potentat qui n’est plus en contact avec la réalité du terrain. Les projets de développements sont arrêtés car plus financés (même ceux avec la Chine), les salaires des fonctionnaires ne sont plus payés, le peuple a faim. L’argent semble bloqué dans les hautes sphères comme dans des nuages incapables d’arroser le sol où vivent les Gabonais.

Au Gabon, comme les salaires ne sont plus versés, la vie est en train de se transformer en survie et le moindre événement peut devenir le déclencheur de mouvement de masse. Situation fertile à une révolution qui est en train de se créer ou danger de guerre civile ?

Sommes nous à l’aube d’ « un grand moment rencontrant un petit peuple » comme disait le poète Schiller à propos de la révolution Française ou alors un grand peuple qui saura faire de ce moment, une opportunité pour un changement de paradigme ?

Pour qu’un changement positif pour le peuple gabonais survienne il faut qu’il y ait une direction commune, un projet commun, à l’image du programme du Conseil National de la Résistance en France durant la seconde guerre mondiale. Une direction avait été formalisé dans le très beau texte des « Jours heureux » autrement appelé « programme du CNR » (CNR = Conseil National de la résistance). Ce texte d’une longueur de moins de deux pages de propositions est très important puisqu’il a été mis complètement en œuvre à la libération et a créer les conditions du plein emploi qualifié durant 30 ans de 1945 à 1975. Ce fut la période de l’histoire de l’humanité où le taux de progrès scientifique et social a été le plus grand. D’un certain point de vue, les développements en Chine de ces dernières années se rapprochent de cette dynamique.

Quel est ce secret de cette réussite, et le Gabon a-t-il les moyens d’y arriver ?

A cette dernière question, la réponse est un grand OUI si les Gabonais le veulent.

Le secret est de définir l’horizon dans lequel on veut vivre. Thomas Sankara en esquisse une idée dans son célèbre discours de 1987 sur la dette :http://arretsurinfo.ch/discours-du-president-thomas-sankara-du-burkina-faso-au-sujet-de-la-dette-1987/.

Sankara montre la voix de la sortie d’un système financier prédateur alimenté par la dette, de la fin de l’État militaire et propose le développement de l’économie physique comme horizon  :

« Faisons en sorte également que le marché africain soit le marché des Africains: produire en Afrique, transformer en Afrique, et consommer en Afrique. Produisons ce dont nous avons besoin, et consommons ce que nous produisons, au lieu d’importer. »

Pour cela, il faut des institutions à l’image de celles proposées par les BRICS (Brésil/Russie/Inde/Chine/Afrique du Sud) : Une banque de développement gabonaise, véritable banque nationale, pouvant émettre du crédit productif, c’est-à-dire de l’argent qui ira exclusivement vers le développement infrastructurel du pays en lieu et place des remboursement de la dette odieuse et autres valises en tout genre, afin de développer les secteurs suivants comme le montre ce schéma :

GlassSt

 

 

Le but de cette banque sera de créer uniquement les fonds nécessaires pour la réalisation de projet de développement sur le territoire gabonais et pourra permettre également de faire des projets en collaboration avec les pays voisins, comme des chemins de fer à grande vitesse, de Cap town à Dakar, en passant par Libreville !

Sur les projets énergétiques qui permettrait à chaque gabonais d’avoir accès à l’électricité lire cet article : http://www.mays-mouissi.com/2015/03/08/delestages-au-pays-de-lenergie-le-deficit-de-la-production-electrique-au-gabon/

Et même allons plus encore plus loin, pourquoi ne pas mettre en place un programme nucléaire civile, comme le font déjà l’Égypte et L’Afrique du Sud ?

(Lire http://www.solidariteetprogres.org/actualites-001/Adeline-Djeutie-energie-dans-pays-developpement-role-du-nucleaire.html ).

Le futur du Gabon dépend des idées qui sous-tendront le combat pour un avenir de ce pays dans le concert des nations voisines (coopération locale) et dans le cadre plus large du projet de Nouvelle Route de la Soie qui permet des coopérations gagnant-gagnant entre les partenaires pour créer les conditions de la paix.

 

Pont

Un commentaire

  1. angoue guy serge

    pour sortir de cette situation ,il faut a l afrique un nouveau type de leader .educateur des masses et decomplexer, capable de porter des ides progresistes qui vont dans le sens de l evolution de l humanite

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